mardi 7 juin 2016

L'écrivain au dédale.


 
Saurais-je dire pourquoi me vient cette idée qui consiste à penser que Lionel-Edouard Martin avec Icare au labyrinthe travaille la langue comme le laboureur sa terre, que le lecteur y est convoqué comme une sorte d'arpète qui l'accompagne sur les territoires oubliés de la littérature?

Cette phrase lame: Le monde, c'est la langue. viendrait-elle faire caution d'un projet de renouvellement de l'usage des mots, d'une mise en œuvre des interstices de la langue par où s'engagerait la nécessité d'un meurtre au bénéfice de la littérature elle-même, du monde?

C'est là que Palombine, géniale, à l'instar de l'analyste inculte par obligation, est venue occuper la place du mort, fiction de la fiction propice à la possibilité du style et du dit dans le dire de Lionel-Edouard Martin.

Palombine psychanalyste, sans divan, de la névrose des mots malgré la quête constante de leur improbable exactitude où s'acharne LioLio l'enfant perdu de Montmo.
 
- Mon mot, oui dites!

Et çà dit, çà s'accroche au souvenir, çà collectionne les lieux, les itinéraires comme un retour à une psychogéographie oubliée, çà rempli l'espace laissé vide par l'arbre mort et abattu, çà gronde la beauté du monde, çà dépèce le vivant, tripes et boyaux, çà rechigne au grand vide contemporain des arts et des lettres, çà mange, çà boit et çà s'achemine vers le meurtre de Palombine, l'analyste enfin déchet ou presque tant il reste à jamais des queux de transfert irrésolu dans la fiction analytique comme dans la fiction littéraire.

 
Que puis-je faire à présent?
Rien. Partir.
Et mourir seul, dans l'indifférence.
Pour te rejoindre, et mes fantômes.
- Pour te rejoindre, et mes fantômes.

lundi 23 novembre 2015

Psychanalyste, psychothérapeute : les marques d’une différence.


 

Du côté du savoir.

 

L’acte psychanalytique marque sa différence de toute pratique psychothérapique par la nature de l’écoute où s’entend la demande inaugurale des personnes en souffrance, et par la manière d’y répondre.

Le psychothérapeute répond à la plainte du « mal de vivre » par une localisation dans son « savoir » des causes de la souffrance de l’autre, et définit le moyen qui convient à sa résolution en quête d’une adhésion susceptible d’en rendre opératoire le « traitement ».

En psychothérapie le « savoir » est du côté du psychothérapeute.

Le psychanalyste ne répond pas en terme de « savoir » à la « vérité » de la plainte, car dans cette manifestation initiale la souffrance psychique qui y réside est intimement liée à un déficit de parole.

En s’abstenant de répondre ainsi à la demande, le psychanalyste ouvre l’espace d’une parole pour le sujet, propre à lui permettre de découvrir les évènements de sa vie où se nouent les causes ignorées de sa souffrance.

En psychanalyse le « savoir » est du côté de l’analysant.

dimanche 15 novembre 2015

Les réels minuscules de Thomas Stangl.



 

 

"Dis quelque chose,

demande Georg,

n'importe quoi;

tu ne parles pas comme les autres,

tu parles comme si tu chantais."

 

 

Cette injonction du dire de Georg à Emilia dans Ce qui vient de Thomas Stangl me semble être une des exigences où l'auteur lui-même se trouve engagé dans la langue qu'il écrit. Une langue qu'offre au lecteur français la traduction sans trahison d'Edith Noublanche et que publient les Éditions du sonneur.

jeudi 12 novembre 2015

Paternité.


  

Concours Radio France de la micro nouvelle

Le livre dans ma vie

(1000 signes espace compris)

 
Cela faisait une éternité. Deux ou trois échanges téléphoniques avaient ponctué ce temps qui me semblait long. Je le savais vivant, maîtrisant son avenir, ne lâchant rien sur ses désirs. Musique, dessin, lecture et des boulots sans nom de métier. Ah si, j’oubliais : éboueur, DJ, théâtreux de rue. Il ne trouvait pas de créneaux dans son emploi du temps pour une petite visite.

mardi 10 novembre 2015

Frictions de fictions.




Ceux pour qui la littérature contemporaine est un objet d’attention trouveront à se réjouir de l’essai d’Isabelle Grell consacré à L’autofiction et publié dans la Collection 128 des Editions Armand Colin.

Il y a dans ce travail minutieux la mise en perspective d’un geste littéraire où ne trouve pas à se constituer de doxa.

Il y a là une étude sériée qui laisse entrevoir la multiplicité des variations où s’ébauchent les écritures du sujet.

jeudi 29 octobre 2015

Vers le sud de Laurent Cantet.


 

Il ne serait peut-être pas vain, en reprenant l’histoire de ce chemin où nous mène Vers le sud, de ne pas perdre complètement le nord. Car somme toute, le nord c’est bien le lieu de notre résidence habituelle, et de toutes les hégémonies.

Nous aurions peut-être tout intérêt à comprendre d’abord le grand écart exotique qu’il nous joue, notre nord, ici même, à domicile, sur les questions refoulées  de la psychogenèse et du sexuel, du désir et de son objet, de la pulsion et de son destin, de la jouissance et de notre socialité hypnotisée par le spectacle et la marchandise. Nous verrions peut-être mieux, ainsi assuré de ce bagage de savoir local, s’il est opportun de nous engager comme ces femmes dans des voyages lointains,  coûteux, et au fond si peu exotiques.

mercredi 28 octobre 2015

Descriptions de Christine Lapostolle : Michel, psychanalyste.


Préambule. Longtemps, j’ai eu quelques difficultés pour répondre à la sempiternelle question :
- Vous êtes psychanalyste, quel métier passionnant ! ...
Mais de quelle formation êtes-vous ? 
Il m'aurait fallu annoncer médecin-psychiatre de formation, pour être au sommet de l'acceptable, mais je n'étais que philosophe. Alors je m'amusais à des parades qui, faites d'humour dans un premier temps, devinrent peu à peu de sérieuses revendications. J'étais tour à tour plombier-zingueur de formation, boucher-charcutier de formation ou bien boulanger-pâtissier de formation.
...

http://www.christinelapostolle.fr/mes_descriptions/022_michel_description.html